Les Suprêmes d'Edward Kelsey MOORE

16/06/2015

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lessupremes

Les Suprêmes, roman d'Edward Kelsea MOORE.


Elles se sont rencontrées dans les années 1960 et ne se sont plus jamais quittées : tout le monde les appelle "les Suprêmes", en hommage au célèbre groupe des années 1970. Complices dans le bonheur comme dans l'adversité, ces trois irrésistibles "quinquas" afro-américaines, aussi puissantes que fragiles, ont fait d'un des restaurants de leur petite ville de l'Indiana, longtemps marquée par la ségrégation, leur quartier général où, tous les dimanches, entre commérages et confidences, rire et larmes, elles élaborent leurs stratégies de survie et se gavent de poulet frit. Rendez-vous avec vos futures meilleures amies.

Dans ce roman, nous pouvons suivre les chroniques de trois amies : Odette, au tempérament à la fois fort et rassurant pour ses amies, qui est mariée au discret James et communique régulièrement avec le fantôme de sa mère (ce qui donne naissance à des situations particulièrement loufoques), de Clarice qui a abandonné une carrière de pianiste afin de se marier avec le très volage Richmond et de Barbara Jean, éternelle beauté à l'enfance difficile qui vit confortablement grâce à la fortune de son mari beaucoup plus âgé qu'elle. Chacune a un caractère propre et une personnalité bien marquée. Ensemble, elles vont traverser les épreuves dans une Amérique en constante évolution, successivement modelée par la ségrégation raciale, l'insouciance des années hippies et l'embourgeoisement des quartiers auparavant réservés aux populations noires.

Les Suprêmes est un roman émouvant, drôle, profond et emprunt d'une grande sensibilité. Le style est décalé et oral et de nombreux thèmes d'actualité y sont abordés : la religion, la maladie, l'amitié et l'amour, le racisme, ... le tout porté par une écriture forte et des personnages hauts en couleurs. Il faisait partie de la sélection pour notre prix Yaka'Lire 2015.

 

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Incendies de Denis VILLENEUVE

29/04/2015

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Incendies, film de Denis VILLENEUVE.

 

A la lecture du testament de leur mère, Jeanne et Simon Marwan se voient remettre deux enveloppes : l'une destinée à un père qu'ils croyaient mort et l‘autre à un frère dont ils ignoraient l'existence. Jeanne voit dans cet énigmatique legs la clé du silence de sa mère, enfermée dans un mutisme inexpliqué les dernières semaines précédant sa mort. Elle décide immédiatement de partir au Moyen Orient exhumer le passé de cette famille dont elle ne sait presque rien... Simon, lui, n'a que faire des caprices posthumes de cette mère qui s'est toujours montrée distante. Mais son amour pour sa sœur jumelle le poussera bientôt à rejoindre Jeanne et à sillonner avec elle le pays de leurs ancêtres sur la piste d'une mère bien loin de celle qu'ils ont connue.

Incendies est adapté d'une pièce de théâtre de Wadji Mouawad faisant partie d'une trilogie : littoral, Incendies et Forêts. Il y évoque la difficulté de l'exil, inspiré de sa propre expérience, lui qui a été contraint à quitter le Liban à l'âge de huit ans. C'est après avoir assisté à une représentation de la pièce que germe dans l'esprit de Denis Villeneuve l'idée d'adapter la pièce à l'écran. Porté par des acteurs authentiques, le film, aussi difficile soit-il, est bouleversant de réalisme. Aucun lieu précis n'est cité, on sait juste qu'il s'agit d'un pays en guerre du Moyen-Orient. Le film s'inscrit donc dans un paysage imaginaire afin de se dégager d'un parti pris politique.

Le sujet est grave, ce sont des secrets de famille destructeurs qui sont révélés ici. Haine, souffrance et violence se mélangent à la passion, l'amour et le pardon. Un film époustouflant de justesse aux images dures et à la fois magnifiques avec une scène finale qui nous laisse sans voix. A découvrir absolument !

 

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Bande-annonce

Incendies

2011

De Denis VILLENEUVE, avec Rémy GIRARD, Lubna AZABAL, Mélissa DESORMEAUX-POULIN, ...

 




La Couleur des sentiments de Kathryn STOCKETT

28/03/2015

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La Couleur des sentiments, roman de Kathryn STOCKETT.


Chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine, et qui s'occupent des enfants. On est en 1962, les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. L'insolente Minny, sa meilleure amie, vient tout juste de se faire renvoyer. Si les choses s'enveniment, elle devra chercher du travail dans une autre ville. Peut-être même s'exiler dans un autre Etat, comme Constantine, qu'on n'a plus revue ici depuis que, pour des raisons inavouables, les Phelan l'ont congédiée. Mais Skeeter, la fille des Phelan, n'est pas comme les autres. De retour à Jackson au terme de ses études, elle s'acharne à découvrir pourquoi Constantine, qui l'a élevée avec amour pendant vingt-deux ans, est partie sans même lui laisser un mot. Une jeune bourgeoise blanche et deux bonnes noires. Personne ne croirait à leur amitié; moins encore la toléreraient. Pourtant, poussées par une sourde envie de changer les choses, malgré la peur, elles vont unir leurs destins, et en grand secret écrire une histoire bouleversante.

Dans les années 60, la ségrégation raciale perdure dans l'Etat du Mississipi. Les noirs et les blancs vivent dans des quartiers distincts, fréquentent des écoles, des bibliothèques et des hôpitaux distincts, il est même préférable pour les blancs d'éviter tout contact physique avec les noirs de peur d'attraper des "maladies inconnues". Les femmes noires font le ménage chez les familles blanches et élèvent leurs enfants, leurs relations sont parfois tendues et le moindre faux-pas est souvent impardonnable. L'auteur, dans ce roman, met en évidence toute l'ambivalence de ces relations : respect/mépris, méfiance/confiance, haine/amour, ... Les bonnes apparaissent comme débordantes d'amour maternel, les liens qu'elles nouent avec les petits dont elles s'occupent sont incroyablement forts, elles sont émouvantes, attachantes, admirables. Certaines femmes blanches sont, au contraire, dépeintes comme perfides, manipulatrices, menteuses, ... Pourtant, l'auteur ne nous entraîne pas du tout dans une simple opposition Blancs/Noirs, il y a des hommes noirs qui battent leur épouse et des femmes blanches qui se battent pour tenter de bouleverser les choses.

En plus d'être un phénomène littéraire, la Couleur des sentiments est un roman bouleversant. Entre humour, surprises et émotions, les pages défilent à une vitesse alarmante. Tout est magistralement orchestré. Une belle histoire empreinte de dignité, de courage et de solidarité à découvrir immédiatement.

 

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La Femme en vert d'ARNALDUR INDRIDASON

27/02/2015

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La Femme en vert, roman policier d'ARNALDUR INDRIDASON.

 

Dans un jardin sur les hauteurs de Reykjavik, un bébé mâchouille un objet étrange... Un os humain ! Enterré sur cette colline depuis un demi-siècle, le squelette mystérieux livre peu d'indices au commissaire Erlendur. L'enquête remonte jusqu'à la famille qui vivait là pendant la Seconde Guerre mondiale, mettant au jour les traces effacées par la neige, les cris étouffés sous la glace d'une Islande sombre et fantomatique...

L'univers exploré par l'islandais Arnaldur Indridason est rarement rose. De nombreux phénomènes de société sont abordés dans ses romans : la violence urbaine, le racisme, la drogue, l'homosexualité, ... Dans ce livre, c'est la violence conjugale qui est mise en exergue. Nous assistons à un va-et-vient entre passé et présent, et c'est avec une aisance certaine que l'auteur arrive à nous faire passer d'une époque à l'autre. Nous retrouvons l'inspecteur Erlendur, personnage récurrent chez Arnaldur Indridason toujours en proie à ses propres démons, qui doit jongler entre ses problèmes personnels et son obsession pour l'enquête. C'est un véritable jeu de piste qui s'offre à nous, remontant jusqu'à une famille qui aurait vécu dans les environs au moment des faits. Comme d'habitude, la misère sociale islandaise contraste énormément avec la peinture magnifique des paysages que réalise l'auteur dans ses romans. Avec La Femme en vert, il signe un polar sombre et douloureux, une Islande d'après-guerre évoquée de manière magistrale.


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Les Neufs cercles de R.J. ELLORY

27/01/2015

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Les Neuf cercles, roman policier de R.J. ELLORY.


1974. De retour du Vietnam, John Gaines a accepté le poste de shérif de Whytesburg, Mississippi. Une petite ville tranquille jusqu'au jour où l'on découvre, enterré sur les berges de la rivière, le cadavre d'une adolescente. La surprise est de taille : celle-ci n'est autre que Nancy Denton, une jeune fille mystérieusement disparue vingt ans plus tôt, dont le corps a été préservé par la boue. L'autopsie révèle que son cœur a disparu, remplacé par un panier contenant la dépouille d'un serpent. Traumatisé par le Vietnam, cette guerre atroce dont « seuls les morts ont vu la fin », John doit à nouveau faire face à l'horreur. Il va ainsi repartir au combat, un combat singulier, cette fois, tant il est vrai qu'un seul corps peut être plus perturbant encore que des centaines. Un combat mené pour une adolescente assassinée et une mère de famille déchirée, un combat contre les secrets et les vérités cachées de sa petite ville tranquille. Si mener une enquête vingt ans après le crime semble une entreprise périlleuse, cela n'est rien à côté de ce qui attend John : une nouvelle traversée des neuf cercles de l'enfer.

Un roman policier sombre, dans la lignée de son premier ouvrage Seul le silence. Comme dans ce dernier, la psychologie des personnages est travaillée à l'extrême, cette façon d'explorer la part d'ombre de l'âme humaine est propre à Ellory. John Gaines, récent shérif de Whytesburg, est un jeune vétéran du Vietnam, guerre qui a vu revenir de nombreuses personnes démolies par les horreurs qu'elles ont connues. Pas-à-pas, c'est une véritable enquête policière qui est menée, dominée par une intrigue forte, trouver le meurtrier de Nancy Denton, assassinée il y a 20 ans. Beaucoup de thèmes sont traités ici avec justesse : la difficulté et la culpabilité de survivre (à la guerre, à la perte d'un proche, à la violence de notre monde, ...), la persévérance et l'obsession, ... Nous suivons Gaines dans l'avancée de l'enquête, et peu à peu nous ne faisons plus qu'un avec lui. La progression est lente et nous avons le temps de nous imprégner totalement de ses états d'âme et de l'atmosphère dans laquelle il évolue. A chaque roman, Ellory s'impose comme un auteur incontournable, tant par sa manière de mener une enquête que par la qualité de sa plume. Un roman à découvrir pour les amateurs de roman noir.


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